PHOTOGRAPHE
L'intime et les recherches plastiques

Hommage à Méliès
Un décollement de rétine m’imposa un confinement qui s’ajouta à celui provoqué par le covid. Double peine. Enfermée chez moi, y voyant mal, ne pouvant pas lire, je décidais d’explorer autour de moi à la fois la malvoyance et mon lieu de vie, cet univers que je croyais limité. Explorer l’intime pouvait être un projet. Je pensais alors que ce qui allait émerger allait évoquer les thèmes de la solitude, de l’enfermement…Quel ne fut pas mon étonnement de voir se matérialiser une thématique à laquelle je n’avais pas du tout songé : le féérique. Il est vrai que c’était la période de noël et que la maison était décorée de guirlandes lumineuses. Cependant, j’ai clairement eu la sensation que la maison m’offrait ce cadeau : regarder autrement, percevoir l’aspect magique des choses. La première fois que cela s’est produit, il avait neigé dans la nuit et la lumière était irréelle. Elle s’est conjuguée avec les reflets des vitres, mélangeant ainsi des vues de l’extérieur : le jardin, et de l’intérieur : la maison. Ces images se sont présentées naturellement, sans aucun truquage ou collage postérieur à la prise de vue. Cette sorte d’écho visuel évoquait tout à la fois la malvoyance, mais aussi la capacité de voir au-delà du réel, au-delà des apparences. Cela m’a été confirmé par une amie photographe qui, en voyant ces images, a évoqué l’univers de Méliès, un des 1er réalisateur de films fantastiques. J’ai alors exploré cette façon de regarder en exploitant cette double vision offerte par les reflets des vitres et en faisant du flou, imposé par le double vitrage, une écriture photographique d’auteure. C’est ainsi qu’est née la série « Hommage à Méliès ».




